L’après-Charlie: face à la terreur, les journalistes doivent redoubler d’engagement


La Fédération Européenne des Journalistes (FEJ) a organisé ce jeudi avec l’UER, l’Union européenne de Radio-Télévision, et l’ENPA, l’association européenne des éditeurs de journaux, une rencontre-débat sur la question de l’après-Charlie Hebdo. Le thème du jour était : « Publier ou ne pas publier, telle est la question ».

Jean-Paul Marthoz, représentant européen du CPJ, le Comité pour la Protection des Journalistes, et membre de l’EJN, le réseau pour l’éthique dans le journalisme, a ouvert le débat en rappelant que « les journalistes ne sont pas des irresponsables. Il y a toujours un débat avant chaque publication. (…) Cependant, on voit aujourd’hui une différence entre les médias en ligne, tels que Buzzfeed et le Hufftington Post, et les médias traditionnels. Les premiers ont republié les caricatures de Mahomet mais seulement certains journaux papier ont publié ces photos. »

Jérôme Bouvier, ancien médiateur à Radio France et organisateur des Assises internationales du Journalisme, a expliqué que « les caricatures font partie de l’environnement médiatique français. Beaucoup de confrères français n’ont pas compris l’attitude des médias anglo-saxons. Ces derniers ont refusé de publier les caricatures de Charlie Hebdo mais n’ont pas hésité à publier à la une l’image du policier qui se fait abattre. C’est une approche totalement différente. »

Safia Kessas, journaliste à la RTBF et productrice de l’émission d’investigation « Tout ça ne nous rendra pas la Congo », a insisté : « A la RTBF, nous ne nous sommes pas posé de telles questions. Il nous semblait évident qu’il fallait publier les caricatures. (…) Je ne me satisferais jamais de l’autocensure. Je refuse que la liberté d’expression soit mordillée par qui que ce soit, car mon métier est d’informer ! ».

Nourredine Fridhi, correspondant pour la chaîne panarabe Al-Arabia, a décrit la situation complexe dans les pays musulmans : « En Tunisie, nous n’avons pas publié les caricatures mais nous en avons parlé. Nos médias n’ont pas la même conception du sacré que les occidentaux. Ce que Charlie Hebdo a vécu, nous le vivons tous les jours en Syrie, en Irak… ».

Jean-Paul Marthoz redoute une montée du réflexe d’autocensure dans les rédactions : « Pour éviter les conflits, le multiculturalisme pourrait nous obliger à tous nous autocensurer? »

Dominique Pradalié, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ), a indiqué qu’actuellement, « 7 journalistes français était encore menacés de mort », appelant à une lutte plus intensive contre l’impunité dont jouissent les commanditaires d’assassinats de journalistes.

Ernest Sagaga, responsable du Département de Droits de l’homme et de la Sécurité à la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ), a ajouté que « Le rôle du journaliste n’est pas d’encourager le vivre ensemble. Le journaliste a une certaine responsabilité civique, mais il doit conserver son indépendance professionnelle. »

Pour Jean-Paul Marthoz, « le journaliste et le caricaturiste travaillent toujours le long d’une ligne rouge. Et parfois, ils doivent la franchir. (…) Comme l’avait si bien dit le journaliste américain Bob Greene, après l’assassinat par la Mafia de son confrère Don Bolles, « On peut tuer un journaliste, mais on ne peut pas tuer un sujet ». La meilleure réponse à opposer à ceux qui veulent terroriser la presse est d’intensifier les enquêtes journalistiques, d’affecter 10 journalistes là où il n’y en avait qu’un qu’on a fini par faire taire ».