La FEJ appelle les députés européens à privilégier l’intérêt public face aux secrets d’affaire


La Fédération européenne des journalistes (FEJ), en collaboration avec plusieurs organisations du secteur des médias (UER, ENPA, EMMA) appelle les députés européens à amender le projet de directive européenne sur le secret des affaires, texte dont la version en débat pourrait empêcher les journalistes d’exercer leurs droits à la liberté d’expression et entraver le droit fondamental des citoyens à être informés.

Selon l’état des débats en cours au Parlement européen, le projet de directive intègre des exceptions qui énoncent les circonstances dans lesquelles un journaliste peut divulguer des informations qui sont considérées comme des secrets d’affaires, pour autant qu’ils en fassent un usage “légitime”. Il comprend également un paragraphe qui impose aux États membres de l’Union européenne (UE) de respecter l’article 11 (2) de la Charte des droits fondamentaux de l’UE, afin de “veiller à ce que la directive ne limite pas le travail journalistique, en particulier en ce qui concerne l’investigation, la protection des sources, et le droit du public à être informé”.

La FEJ soutient que la notion d’ “usage légitime” pour les journalistes est trop ambiguë et conduirait à l’autocensure, étant donné que la responsabilité de justifier et de prouver que la divulgation de secrets d’affaires est légitime reposera sur les journalistes et les organisations de médias.

«Bien que nous saluons les derniers changements apportés au projet de directive afin de renforcer la liberté des médias, les exceptions pour les journalistes et les lanceurs d’alerte ne sont pas absolues. Le texte actuel n’est pas équilibré car il place les intérêts commerciaux au-dessus des intérêts publics”, réagit Mogens Blicher Bjerregård, président de la FEJ.

 “Compte tenu des récents scandales financiers tels que le Luxleaks et les scandales de sécurité alimentaire, il est inimaginable pour les décideurs politiques de soutenir une loi qui permette légitimement aux grandes entreprises de protéger leurs propres intérêts au détriment de ceux du public.”

Le projet de directive a reçu de nombreuses critiques de la part de la communauté du journalisme et de la société civile. La FEJ a rejoint une coalition d’organisations de la société civile et des organisations des médias pour protester contre le manque de protection pour les journalistes et les lanceurs d’alerte s’ils divulguent des informations dans l’intérêt public dans le projet de directive.

Le 2 juin, l’Assemblée annuelle de la FEJ, sur proposition du syndicat français SNJ-CGT et du syndicat allemand DJV, a voté une motion demandant aux députés européens d’amender le texte du projet de directive, afin de garantir la protection des sources des journalistes et la liberté de la presse.

Élise Lucet, journaliste à France Télévisions, où elle anime l’émission “Cash Investigation”, a par ailleurs lancé une pétition et a rassemblé, depuis le 4 juin, plus de 150.000 signatures contre le projet de directive. Élise Lucet avertit que le projet de directive va conduire à “une censure sans précédent en Europe” si le texte actuel est adopté.

«Alors que notre travail consiste à révéler des informations d’’intérêt public, il sera désormais impossible pour nous de vous informer sur des zones entières de l’information économique, sociale et politique, dans les pays européens”, a déclaré Élise Lucet.

La Commission des Affaires juridiques du Parlement européen est censée voter sur le dernier projet et les amendements déposés le 16 juin. La FEJ et les organisations de médias partenaires appellent les députés européens à amender le projet de directive en limitant la définition de ce qui constitue un secret d’affaires et en supprimant la notion vague d ‘«usage légitime» de ces secrets par les journalistes, dans le cadre de leur mission d’intérêt public.

 

VIDEO d’Élise Lucet