Des journalistes allemands menacés de poursuites pour “trahison”


(Mise à jour, 03/08/2015) La Fédération internationale des journalistes (FEJ) et son organisation européenne, la Fédération européenne des journalistes (FEJ), exigent l’abandon immédiat des poursuites à l’égard des journalistes allemands Andre Meister et Markus Beckedahl, respectivement fondateur et rédacteur-en-chef du site d’information netzpolitik.org, passibles de poursuites judiciaires pour “suspicion de trahison” suite à la publication de deux articles révélant les plans de surveillance numérique de la population par les autorités allemandes.

Suite à la vague de critiques déclenchée par l’ouverture de l’instruction, le procureur fédéral allemand Harald Range a déclaré vendredi qu’il suspendait l’enquête, dans l’attente d’une expertise externe, “pour le bien de la liberté de la presse”. Tant la FIJ que la FEJ continuent à exiger un abandon définitif des poursuites et non leur seule suspension.

Les journalistes allemands avaient reçu une mise en demeure dans le cadre de l’instruction judiciaire ouverte, le jeudi 30 juillet, suite à la plainte introduite par Hans-Georg Maassen, président de l’Office fédéral de Protection de la Constitution (BfV), les services de renseignements intérieurs allemands. Les deux journalistes risquent une peine d’un an de prison. L’enquête fait suite à la publication d’articles sur netzpolitik.org, le 25 février et le 15 avril, évoquant la demande de moyens supplémentaires par l’Office, afin d’intensifier la surveillance numérique en Allemagne. Les Fédérations internationale et européenne des journalistes (FIJ et FEJ), de même que leurs affiliés en Allemagne, le DJV et ver.di, y voient une tentative d’intimidation à l’égard de journalistes connus pour leurs révélations sur la surveillance de masse et les liens entre les services de renseignement allemands et l’agence de sécurité nationale (NSA) américaine.

Jim Boumelha, président de la FIJ, a déclaré: “Il est inadmissible, dans un pays démocratique, que les médias fassent l’objet d’intimidations dans le cadre d’une procédure par laquelle les autorités publiques servent leur propre intérêt. Nous partageons l’indignation de nos collègues allemands face à cet abus de pouvoir opéré dans le seul but de soustraire ceux qui ont le pouvoir à leur responsabilité publique”.

Les autorités allemandes doivent respecter les droits des journalistes d’informer le public et de servir l’intérêt public. Dans le cas présent, il est clair que les journalistes n’ont agi que dans l’intérêt public en exposant les abus des autorités visant à violer la vie privée des citoyens”, a déclaré Mogens Blicher Bjerregård, Président de la FEJ.

Les poursuites judiciaires ont créé l’émoi au sein de la communauté journalistique allemande et des médias allemands. Aussi bien la  DJV (Deutsche Journalisten-Verband) que la dju in ver.di (Deutsche Journalistinnen- und Journalisten-Union) ont fermement condamné les menaces judiciaires à l’égard des journalistes. D’après les articles de presse, c’est la première fois depuis plus de cinquante ans que des journalistes allemands sont poursuivis pour trahison.

La FEJ et la FIJ ont décidé d’alerter la plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection et la sécurité des journalistes ainsi que le projet Mapping Media Freedom in Europe pour ce qu’elles considèrent comme une violation des droits des journalistes.