Solidarité internationale avec les salariés de “La Voix du Nord”


Les sympathisants des salariés du quotidien régional français “La Voix du Nord”, confronté à un plan de restructuration drastique, organisent un grand rassemblement de solidarité, ce merdredi, sur la Grand-Place de Lille. Les Fédérations européenne et internationale des journalistes (FEJ et FIJ) ainsi que leurs affiliés multiplient leurs messages de solidarité.

Ces derniers jours, les messages de soutien à l’intersyndicale en lutte contre le plan de liquidation de l’emploi annoncé par le groupe belge Rossel, propriétaire de “La Voix du Nord”, ont afflué au siège de la FEJ et de la FIJ.

Le président de la Fédération allemande des journalistes (DJV), Frank Überall a dénoncé la politique illusoire des éditeurs qui consiste à tailler dans les effectifs éditoriaux pour assurer l’avenir d’un titre de presse (lire ici son communiqué).

La Fédération des Associations de la presse d’Espagne (FAPE) et la Fédération espagnole des syndicats de journalistes (FeSP) ont également tenu à manifester leur solidarité, dans un communiqué qui sera lu ce mercredi au rassemblement de Lille: “C’est un projet brutal. Les baisses du chiffre d’affaires de « La Voix du Nord » ne nous paraissent pas un motif suffisant pour mettre en marche un plan de réduction de personnel aussi grave. Ce quotidien est un emblème connu partout en Europe pour ses prises de position courageuses contre la montée électorale du Front national. Dans plusieurs pays de l’UE, et avec des alibis économiques, les patrons de presse contribuent à diminuer les voix qui s’opposent aux arguments des extrémistes. Ce quotidien est un modèle qui doit survivre parce qu’il contribue à la cohésion sociale et à l’enrichissement de la vie démocratique en France et dans tous nos pays européens. (…) Nous sommes solidaires des journalistes et des tous les travailleurs de «La Voix du Nord». Votre lutte mérite tout notre soutien” (lire ici son communiqué).

Stamatis Nikolopoulos, président du Syndicat des journalistes de la presse quotidienne d’Athènes (JUADN) a déclaré qu’il joignait sa voix à celles de la FIJ, de la FEJ et de leurs affiliés français, le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes afin de soutenir “la revendication juste d’une solution économique viable qui ne passe pas par le sacrifice des travailleurs sur l’autel du profit immédiat”.

D’autres messages nous sont également parvenus de Russie, du Monténégro et d’autres affiliés européens de la FIJ et de la FEJ.

Par l’entremise de la FEJ, des contacts ont par ailleurs été noués entre les délégués de “La Voix”, à Lille, et les délégués de l’Association des Journalistes Professionels (AJP), à Bruxelles.

Pour Martine Simonis, Secrétaire générale de l’AJP, « nos collègues français sont confrontés à une logique comptable court-termiste, qui ignore sciemment les conditions nécessaires à une info régionale de qualité : un effectif correct de journalistes professionnels, un réseau dense de correspondants locaux, une proximité importante avec le lectorat et une vision éditoriale ambitieuse. Au lieu de cela, Rossel place ses régionaux dans une spirale négative : diminution d’effectifs, ambitions éditoriales en berne, centralisation des lieux de production. Il ne suffit pas de savoir compter pour gérer un groupe de presse, il faut aussi savoir lire, aimer lire et garantir les conditions de production d’une info de qualité, que les lecteurs ne trouveront pas ailleurs».

Dans un communiqué diffusé mardi, le Bureau national du SNJ-CGT rappelle qu’en supprimant 178 postes sur 700 (alors que le nombre de CDI a déjà baissé de 60 entre 2011 et 2015), “le plan de la direction porterait un coup sans précédent au rôle citoyen du seul quotidien régional dans le Nord-Pas-de-Calais. Avec notamment la baisse drastique des reporters de terrain, tout concourrait à amoindrir gravement la qualité rédactionnelle du titre. Ce plan aurait ainsi, parmi beaucoup d’autres, pour conséquence emblématique de supprimer la rédaction d’Hénin-Beaumont et de la fusionner avec celle de Lens. Dans une ville aujourd’hui dirigée par le Front national, alors même que La Voix du Nord a mené une courageuse campagne d’information sur le FN lors des dernières élections régionales, on cherche encore la logique”

“Il faut rappeler, insiste le secrétaire général de la FEJ, Ricardo Gutiérrez, que “La Voix du Nord” et tous les titres français du groupe Rossel, soit “Le Courrier Picard” et “L’Union” de Reims sont bénéficiaires. Le groupe Rossel a lui-même enregistré un bénéfice après impôts de plus de 21 millions d’euros en 2015, en hausse de + 63% par rapport à 2014. Sacrifier un quart des effectifs à “La Voix” de façon “préventive” relève du pur scandale. Un massacre social sans précédent se prépare. Nous ne pourrions comprendre que le ministère français du Travail, qui doit examiner le plan Rossel à la mi-avril, en vienne à valider ce carnage. J’appelle le gouvernement français à la plus grande circonspection face à cette provocation”.

« Dans les entreprises de presse françaises, rien n’est trop beau pour contenter les actionnaires qui en demandent toujours plus, à La Voix du Nord (VDN) comme ailleurs, » ajoute Anthony Bellanger, le secrétaire général de la FIJ. « VdN a dégagé en 2015 une marge bénéficiaire de plus de 5 millions d’euros et je me demande quelle aurait été sa décision si l’entreprise avait enregistré un déficit ! Au nom de la FIJ, j’appelle au rassemblement de la profession en France et en Europe – les soutiens continuent d’affluer à notre siège – et j’en appelle aussi au gouvernement français qui a sa part de responsabilité dans la mise en place de ce plan dit « social » après le vote de la loi « Travail » en 2016. Compte tenu de la situation, je pense enfin que les journalistes sont aussi en droit d’interpeller le syndicat patronal dont fait partie La Voix du Nord, le Syndicat de la presse quotidienne régionale. Comment peuvent-ils laisser un de leurs éminents membres organiser ce qu’on appellera demain le « massacre social du Nord »? »

Crédit photo: Philippe Huguen / AFP