“Charlie-Hebdo”: que faire, maintenant?


Tous les journalistes souffrent dans leur chair, depuis l’attentat perpétré à la rédaction de l’hebdomadaire satirique “Charlie Hebdo”, le 7 janvier dernier, à Paris. Tous s’interrogent sur l’impact du carnage sur l’exercice de la profession. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter…

Très vite, notre fédération a été inondée de messages de solidarité avec les victimes. Des messages issus des quatre coins de l’Europe. Des messages qui apportaient tous la meilleure réponse qui puisse être opposée aux terroristes: non, les journalistes n’ont pas peur; oui, plus que jamais, ils brandiront haut leur liberté; non, ils ne cèderont pas à la tentation des discours de haine.

C’est le plus bel hommage qu’on peut rendre à la consoeur et aux confrères assassinés à Paris.

Que faire, maintenant?

Résister au discours ultra-sécuritaire (nous ne voulons pas d’une société où les journalistes ne pourraient travailler que sous protection policière).

Ne pas céder aux réflexes de peur ou de haine.

Combattre les amalgames et les idées reçues.

Exiger davantage de liberté. Pour la presse et pour la société.

Dénoncer la montée des inégalités et l’effet dévastateur des discriminations.

S’interroger, surtout, sur nos propres responsabilités, en tant que journalistes.

Et à cet égard, ne jamais oublier le remarquable avertissement que nous lançait Claude Julien, alors directeur du “Monde diplomatique”, voici 36 ans:

“Car les vérités du pouvoir (pouvoir de l’Etat, pouvoir des partis d’opposition, pouvoir de l’argent, pouvoir de ceux qui orientent et décident) ne peuvent pas être les siennes. Il sait qu’autour de chacun de ces pouvoirs gravitent une multitude de compétences et de talents, et qu’il n’a rien à faire parmi eux parce que, par définition, sous peine de se trahir, celui qui tente de penser et d’écrire n’a d’autre choix que de révéler ce que tout pouvoir s’efforce de cacher, d’exposer en pleine lumière ce que tout pouvoir veut présenter sous l’éclairage le plus favorable, de mettre le doigt sur les contradictions et les impostures, d’attirer les regards sur ce qu’il peut être difficile de percevoir, d’écouter ceux qui ont peu de moyens de se faire entendre, de traduire ce qu’ils disent parfois si bien alors que nul ne les écoute”.

Suivre ce bon conseil nous aidera à lever les doutes qui nous hantent, depuis le 7 janvier.

La société ne veut pas de journalistes dominés par la peur ou par la haine. Elle attend surtout de nous que nous fassions preuve de courage et de clairvoyance.

Ricardo Gutiérrez

Secrétaire général de la FEJ