Pourquoi ont-ils quitté le journalisme ?


Dans la dernière livraison de Journalistes, la revue de l’Association des journalistes professionnels (AJP, Belgique, membre de la FEJ), un dossier préparé par Jean-François Dumont se penche sur les raisons qui poussent les journalistes à quitter volontairement le métier qu’ils aiment tant. La recherche, qui se base sur un mémoire de fin d’études rédigé par Hélène Brédart pour l’Université de Liège à partir de 38 entretiens qualitatifs avec plusieurs témoins, révèle que la dégradation des conditions de travail et des pratiques journalistiques découragent de plus en plus les journalistes à continuer le travail. Parmi les raisons les plus fréquemment invoquées poussant les journalistes vers la sortie, il convient de noter :

  • L’accumulation des tâches : le développement numérique et les mesures de restructuration ont alourdi la charge de travail des journalistes sans compensation financière
  • Le manque de temps : à cause de l’information à flux tendu, les journalistes ont moins de temps pour recouper les sources ou de faire de l’investigation
  • La diversification des contenus : les journalistes ne peuvent plus se concentrer sur un seul média, l’obligation de produire rapidement des contenus pour plusieurs supports médiatiques (presse, audiovisuel, internet) affecte la qualité des contenus et la reconnaissance du savoir-faire.
  • L’évolution des contraintes éditoriales : la réduction des informations régionales, la nécessité de faire toujours “plus court” et la déformation des contenus sont vécues comme une dépossession de l’autonomie journalistique.
  • La lassitude : des travailleurs estiment avoir “fait le tour” des informations ou expriment une lassitude par rapport à l’étroitesse du territoire à couvrir.
  • Le salaire : la rémunération (trop faible) est citée comme premier motif de départ, absence d’augmentation barémique, les directions ne tiennent pas leurs promesses,  aucune gratification n’accompagne la prise de nouvelles responsabilités, pas de respect des horaires et des congés et un stress quotidien accompagne les travailleurs.
  • Les synergies : les nouvelles collaborations entre les médias ont gravement affecté les journalistes indépendants.
  • Les horaires : les horaires lourds sont inhérents au métier mais ils sont vécus plus difficilement en radio où les journalistes sont requis de jour et de nuit. Peu de place pour concilier vie professionnelle, vie sociale et vie familiale.
  • Le moral : la morosité du secteur, l’effet de la crise financière et l’aigreur des aînés face aux changements affectent négativement le moral des journalistes.

(Crédit Photo : MK/EFJ)