LuxLeaks: « Honte sur le Luxembourg qui inculpe le journaliste auteur des révélations »


La Fédération européenne des journalistes (FEJ) condamne fermement la décision prise, ce jeudi, par un juge d’instruction luxembourgeois, d’inculper le journaliste français Édouard Perrin, qui avait révélé le scandale financier LuxLeaks. Notre confrère est poursuivi en tant que co-auteur présumé de vol domestique, violation du secret professionnel, violation de secrets d’affaires, blanchiment et accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données, à en croire le parquet de Luxembourg.

Concrètement, le juge estime qu’Édouard Perrin est co-auteur des infractions commises par l’un des anciens collaborateurs de PwC, cabinet d’audit d’où proviennent nombre de documents qui ont permis à l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) de révéler à grande échelle, en novembre 2014, le scandale des centaines d’accords fiscaux préalables particulièrement avantageux conclus par le fisc luxembourgeois avec de puissants groupes privés internationaux.

Edouard Perrin avait été le premier à évoquer l’affaire, en mai 2012, dans le cadre de l’émission « Cash Investigation » consacrée à l’optimisation fiscale des multinationales, sur la chaîne publique France 2.

L’inculpation de notre confrère fait suite à une plainte déposée en juin 2012 par la direction du cabinet PwC.

« Les poursuites à l’encontre d’Edouard Perrin relèvent de la pure intimidation, réagit Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la FEJ. Les autorités judiciaires grand-ducales entendent manifestement dissuader la presse de révéler les pratiques d’évasion fiscale qui ont cours au Luxembourg. Ces poursuites sont clairement disproportionnées face à l’intérêt public légitime à révéler ces cadeaux fiscaux. Ce harcèlement judiciaire fait honte à la Justice luxembourgeoise. Nous exigeons la levée immédiate des poursuites visant les journalistes et les lanceurs d’alertes, dans cette affaire ».

La FEJ a dénoncé le harcèlement judiciaire et l’intimidation des autorités luxembourgeoises, dans le cadre de la plateforme en ligne qui recense les violations des droits des journalistes dans les Etats membres du Conseil de l’Europe.

la FEJ a par ailleurs adressé un courrier de protestation au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et à son premier vice-président, Frans Timmermans.

Lire ici le communiqué diffusé par notre affilié français SNJ-CGT. Et le communiqué du SNJ.

Lire notre alerte sur la plateforme du Conseil de l’Europe pour renforcer la sécurité des journalistes.