Espagne: non à la couverture cadenassée des élections


La liberté de la presse recule en Espagne. Tel est le constat dressé par l’ensemble des participants au symposium organisé, le 4 mai à Lleida, en Catalogne, par le Collegium local des journalistes en partenariat avec l’Université de Lleida. La Fédération européenne des journalistes (FEJ) appelle, en particulier, à la levée des restrictions qui pèsent sur la couverture des élections, alors que la campagne pour le scrutin municipal bat son plein en Espagne.

Le secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes, Ricardo Gutiérrez, a insisté lors du symposium de Lleida sur les menaces qui pèsent sur l’audiovisuel public, partout soumis à des coupes budgétaires et à une pression accrue des décideurs politiques et économiques en Europe. Un constat confirmé, s’agissant de l’Espagne, par les délégués des affiliés espagnols de la FEJ présents au symposium, Adriana Rodríguez, pour la FAPE, et Francesc Ràfols, pour la FeSP.

La FEJ soutient la campagne lancée par le Collegium des journalistes de Catalogne afin de dénoncer, à la Cour européenne des droits de l’homme, à Strasbourg, les dispositions légales qui cadenassent la couverture des campagnes électorales, dans les médias publics espagnols.

La loi électorale espagnole permet en effet à une commission électorale centrale, composée de magistrats et d’experts nommés par les partis politiques, d’imposer aux médias publics des critères de couverture de la campagne électorale: les “blocs électoraux d’information”. Concrètement, les partis décident combien de temps d’antenne doit être consacré à chaque formation et dans quel ordre ces interventions doivent être diffusées pendant les 15 jours qui précèdent l’élection. Ces “blocs” s’appliquent à toute production éditoriale des médias publics, notamment aux journaux télévisés.

“La FEJ assimile ce dispositif à une censure préalable, qui impose une couverture partiale et aseptisée de la campagne aux journalistes, niant l’indépendance des rédactions des médias publics, contraintes de boycotter les nouvelles formations politiques au profit des partis représentés au Parlement”, réagit Ricardo Gutiérrez. “A l’instar de ses affiliés espagnols et du Collegium des journalistes de Catalogne, la FEJ demande l’abolition pure et simple des “blocs électoraux d’information”, qui constituent une ingérence inacceptable du politique dans la sphère éditoriale”.

Cette immixtion des partis viole clairement l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales qui consacre explicitement “la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques”. La FEJ a immédiatement dénoncé cette pratique sur la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme.

(Illustration: Collegi de Periodistes de Lleida)