Turquie: 7,5 ans de prison requis contre 18 journalistes pour la publication d’une photo


La Fédération européenne des journalistes (EFJ) et la Fédération internationale des journalistes (FIJ) demandent à la Turquie d’abandonner les poursuites judiciaires à l’égard de 18 journalistes travaillant pour 9 quotidiens turcs qui risquent jusqu’à 7,5 ans d’emprisonnement pour la publication d’une photo.

Faisant suite à une série d’attaques à l’égard des médias en ligne, le bureau du procureur général de la République à Istanbul a annoncé des poursuites judiciaires à l’égard de 18 journalistes accuser d’avoir « fait de la propagande au profit d’une organisation terroriste » suite à la publication d’une photo d’une prise d’otage qui a eu lieu le 31 mars 2015 lorsque deux militants de l’organisation terroriste DHKP-C ont attaqué un procureur de la République.

Les journalistes poursuivis travaillent pour les quotidiens Cumhuriyet, Millet, Şok, Posta, Yurt, Bugün, Özgür Gündem, Aydınlık et Birgün. La photo controversée montrant un pistolet pointé sur la tempe du procureur avait largement circulé sur les médias sociaux et avait été publiée par plusieurs journaux turcs et internationaux. Parmi les journalistes poursuivis, Can Dündar, le rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet, a comparé cette affaire à la diffusion des images de décapitation des journalistes par les jihadistes de Daesh. « 7,5 ans de prison quand c’est la publication d’une photo d’un otage du DHKP-C et rien quand il s’agit des otages de Daesh », a commenté Can Dündar dans un tweet rédigé en langue turque.

Jim Boumelha, le Président de la FIJ, a déclaré : « Nous sommes gravement préoccupés par cette attaque du gouvernement contre les libertés médiatiques. Cette dernière menace qui criminalise les journalistes est inacceptable. Nous appelons les autorités à permettre aux journalistes d’exercer leur métier pour informer le public ».

Mogens Blicher Bjerregård, le Président de la FEJ, estime que « les journalistes doivent être libres de décider leur propre ligne éditoriale sans peur d’être soumis à la censure ou d’être poursuivis pour des peines d’emprisonnement. Le gouvernement doit arrêter d’abuser du système judiciaire dans le but de faire taire les journalistes ».

Le syndicat des journalistes de Turquie (TGS, affilié à la FEJ-FIJ) a également défendu les journalistes en déclarant que « rapporter les faits comme ils sont dans l’intérêt du public s’appelle faire du journalisme et non faire de la propagande pour une organisation terroriste ».

La liste des 18 journalistes poursuivis dans cette affaire se compose ainsi :

  1. Berkant Gültekin, Birgün newspaper
  2. Ibrahim Aydin, Birgün newspaper
  3. Kaan Özbek, Sok newspaper
  4. Orhan Duman, Sok newspaper
  5. Sedat Gülmez, Millet newspaper
  6. Cuma Ulus, Millet newspaper
  7. Seçil Sengelir, Posta newspaper
  8. Mehmet Emin Öztürk, Posta newspaper
  9. Basak Günsever, Yurt newspaper
  10. Orhan Sahin, Yurt newspaper
  11. Gökhan Corbaci, Bugün newspaper
  12. Temel Tanadalan, Bugün newspaper
  13. Abbas Yalçin, Cumhuriyet newspaper
  14. Can Dündar, Cumhuriyet newspaper
  15. Reyhan Capan, Özgür Gündem newspaper
  16. Emire Eren Keskin, Özgür Gündem newspaper
  17. Murat Simsek, Aydinlik newspaper
  18. Mehmet Sabuncu, Aydinlik newspaper

Ces dernières semaines, le climat en Turquie est particulièrement délétère pour les journalistes et les médias en ligne. L’accès à plus de 100 sites d’information en ligne et des médias sociaux a été bloqué par les autorités. Plus de 77 millions de sites internets hébergés sur la plateforme WordPress.com sont inaccessibles pour les internautes en Turquie. Le TGS (syndicat des journalistes en Turquie), le TGC (l’Association des journalistes de Turquei) et Disk Basin-Is (le syndicat des journalistes progressistes) ont organisé une réunion entre journalistes turcs et kurdes à Istanbul pour exprimer ensemble un message de paix et leur opposition contre la censure croissante à l’égard des médias.

 Photo: Ozan Kose / AFP