Réfugiés: les mots sont importants

Camus
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Une centaine de réfugiés ont passé la nuit dehors dans un parc, face à l’Office des étrangers, à Bruxelles, « capitale de l’Europe ». Commentant ces événements, plusieurs médias ont évoqué, ce jeudi matin, un « afflux massif de réfugiés en Belgique ». Certains ont mentionné plus sobrement un « afflux de réfugiés ». D’autres, encore, s’en tenaient à commenter « la problématique de l’accueil des réfugiés ».

La Fédération Européenne des Journalistes (FEJ), membre actif du Réseau pour un Journalisme éthique, rappelle aux journalistes qu’ils doivent constamment « garder à l’esprit le risque qu’une discrimination soit aggravée par les médias » et qu’il leur revient donc de veiller à ne pas encourager une « discrimination fondée notamment sur la race, le sexe, l’orientation sexuelle, la langue, la religion, les opinions politiques et autres et les origines sociales ou nationales » (Code de principe de la FIJ sur la conduite des journalistes).

Plus que jamais, face à une actualité susceptible de nourrir les discours de haine, il importe que les journalistes utilisent les termes justes pour décrire les situations qu’ils couvrent.

« Il est sain que les rédactions débattent de l’usage des mots, comme l’ont fait Al Jazeera ou la RTBF, insiste Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la FEJ. Un maître en journalisme, Albert Camus, écrivait que « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde ». Les mots sont importants. Les journalistes doivent en être conscients. Il est abusif d’évoquer un afflux « massif » de réfugiés pour commenter des files d’attentes de quelques centaines de personnes. Il n’est pas approprié de parler de « migrants » plutôt que de « réfugiés » pour désigner des civils qui cherchent refuge et asile en fuyant un pays en guerre (1). Il est surtout irresponsable d’abuser d’une rhétorique anxiogène évoquant ces « milliers de migrants qui avancent vers l’Europe », telles des hordes de Huns »

Le secrétaire général de la FEJ tient à saluer le travail difficile des journalistes qui témoignent d’une situation complexe sur le terrain, tout comme l’apport de ceux qui analysent cette actualité avec le recul et le sens de la nuance qui s’imposent. « Les médias doivent davantage investir dans le reportage, permettre aux journalistes de témoigner, donner un visage et une voix à ces anonymes qui ont tant à dire mais que personne n’écoute. Les entreprises de presse ont aussi la responsabilité de donner aux rédactions les moyens humains nécessaires pour traiter ces sujets dans la rigueur, en évitant les idées reçues, la stigmatisation et l’incitation aux commentaires haineux ».

La FEJ lancera, dans les prochains jours, une campagne contre le discours de haine avec l’organisation italienne Carta di Roma, qui a élaboré une charte sur le traitement médiatique des demandeurs d’asile, des réfugiés, des migrants et des victimes de la traite.

(1) Le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (UNHCR) a publié des recommandations claires sur l’usage des termes: « Les migrants, en particulier ceux qui migrent pour raisons économiques, font le choix de changer de région ou de pays afin d’améliorer leur futur et celui de leur famille. Les réfugiés n’ont d’autre choix que de quitter leur région ou leur pays pour sauver leur vie ou préserver leur liberté. Ils ne bénéficient pas de la protection de leur Etat; c’est même souvent le gouvernement de leur propre pays qui menace de les persécuter ».

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