Attaques terroristes: les journalistes ne cèderont pas à la peur


Au lendemain des attaques qui ont meurtri Paris, la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ) tient à exprimer sa solidarité avec les familles et les proches du journaliste Guillaume B. Decherf, du cameraman Mathieu Hoche, ainsi que de tous les citoyens tombés sous les balles des terroristes, vendredi soir.

“Le peuple français a admirablement répliqué aux terroristes en déclarant haut et fort qu’il n’avait pas peur. Les journalistes ne sont pas en reste”, commente le secrétaire général de la FEJ, Ricardo Gutiérrez. “Les journalistes ne cèderont pas, eux non plus, à la peur. Comme ils l’avaient fait au lendemain de l’attentat qui avait dévasté la rédaction de Charlie Hebdo, ils brandiront haut leur liberté, ils résisteront à la tentation des discours de haine. C’est le meilleur hommage que la profession peut rendre aux victimes”.

L’appel que nous lancions après les attentats du 7 janvier reste plus que jamais d’actualité…

Que faire, maintenant?

  • Résister à la surenchère ultra-sécuritaire, car les journalistes ne veulent pas d’une société où leurs libertés individuelles et collectives, ainsi que celles des tous les citoyens, seraient compromises.
  • Ne pas céder aux réflexes de peur ou de haine.
  • Combattre les amalgames et les idées reçues.
  • Dénoncer l’effet dévastateur de la montée des inégalités et des discriminations.
  • S’interroger, surtout, sur nos propres responsabilités, en tant que journalistes.

“Il nous revient d’assumer pleinement notre mission de “chiens de garde de la démocratie”, malgré les difficultés induites par un contexte social et législatif de plus en plus contraignant”, insiste Ricardo Gutiérrez, qui rappelle à nouveau le remarquable avertissement que lançait à la profession Claude Julien, alors directeur du « Monde diplomatique », voici 36 ans:

« Car les vérités du pouvoir (pouvoir de l’Etat, pouvoir des partis d’opposition, pouvoir de l’argent, pouvoir de ceux qui orientent et décident) ne peuvent pas être les siennes. Il sait qu’autour de chacun de ces pouvoirs gravitent une multitude de compétences et de talents, et qu’il n’a rien à faire parmi eux parce que, par définition, sous peine de se trahir, celui qui tente de penser et d’écrire n’a d’autre choix que de révéler ce que tout pouvoir s’efforce de cacher, d’exposer en pleine lumière ce que tout pouvoir veut présenter sous l’éclairage le plus favorable, de mettre le doigt sur les contradictions et les impostures, d’attirer les regards sur ce qu’il peut être difficile de percevoir, d’écouter ceux qui ont peu de moyens de se faire entendre, de traduire ce qu’ils disent parfois si bien alors que nul ne les écoute ».

“Suivre ce bon conseil nous aidera à lever les doutes qui nous hantent”, conclut Ricardo Gutiérrez, rappelant l’appel de l’après-Charlie: “La société ne veut pas de journalistes dominés par la peur ou par la haine. Elle attend surtout de nous que nous fassions preuve de courage et de clairvoyance”.

(Crédit photo: Joël Saget/AFP)