Femmes dans les médias francophones: au-delà des clichés


Les Assises de l’Union de la Presse Francophone (UPF) réunissaient, à Lomé (Togo), les 25-27 novembre, 300 participant(e)s pour débattre de la place des femmes dans les médias. Des journalistes  venues de 39 pays ont partagé leur expérience de terrain et exprimé leur volonté de changement.

Les résultats du Projet Mondial de Monitorage des Médias (GMMP) annoncés le 23 novembre indiquent que les femmes ne représentent que 24 % des personnes vues, lues et entendues dans l’information.  « Les femmes sont quantitativement sous-représentées et qualitativement mal représentées », a résumé Martine Simonis, Secrétaire Générale de l’Association des Journalistes Professionnels de Belgique (AJP).

Dans la presse en ligne, les résultats sont légèrement supérieurs, les femmes représentant alors 26% des sources. Solution : produire des nouvelles différentes, en respectant la parité femmes- hommes  dans le traitement de l’information et en donnant plus souvent la parole aux expertes. Ce qui passe par un réel engagement des rédactions et des patrons de presse. Le site d’information en ligne Les Nouvelles News  présenté par Arnaud Bihel, rédacteur en chef adjoint, se pose ainsi en alternative à une couverture traditionnelle de l’information et vise à « gommer les stéréotypes sexués » dans les nouvelles.

Les résultats des différentes études partagées à Lomé illustrent le manque d’accès des femmes aux postes à responsabilité.  Les conclusions du Rapport mondial sur le statut des femmes dans les médias d’information (2011)  montrent que les femmes n’occupent que 27% de ces postes.  En France, seuls 17% des postes de gouvernances sont attribués à des femmes. Dans les syndicats de journalistes Européens, la représentante de la FEJ, Pamela Morinière, a indiqué une lente évolution positive. La dernière étude FIJ/FEJ menée en 2013 montre que les femmes représentent 42 % du taux affiliation et 36% des postes décisionnels dans les instances syndicales.

Les participants aux Assises ont dénoncé le manque de transparence des offres d’emploi, l’absence de politiques sur l’égalité femmes-hommes au sein des entreprises et le besoin de formation au leadership pour des journalistes qui se sont souvent engagés pour couvrir l’actualité et non pour diriger un média. Beaucoup se sont interrogés sur le bien-fondé de quotas qui se heurteraient aux critères traditionnels de recrutement fondés sur la compétence.

Les besoins de formation en sécurité pour les femmes journalistes couvrant les lieux de conflit  se posent de manière urgente. Solange Lusiku Nsmire (notre photo) de République Démocratique du Congo (RDC), a raconté ses reportages dans la province du Sud-Kivu, les barrages qu’elle doit régulièrement franchir au péril de sa vie, la pression et les menaces des forces armées, les déguisements dont elle et ses collègues doivent s’affubler pour ne pas être arrêtés lorsqu’ils vont faire imprimer leur journal dans le pays voisin, faute d’impression disponible sur place. « Nous nous attendons à nous faire liquider chaque jour », résume-t-elle.

Outre l’absence d’équipements de sécurité suffisants pour de nombreux journalistes en Afrique francophone, la question du viol dans les zones à risque et des mesures qui peuvent être prises pour s’en prémunir ont été largement abordées. « C’est mon pantalon qui m’a sauvée », résume une journaliste burkinabé qui a essuyé de justesse les agressions de manifestants.

«  Avant, c’était l’omerta la plus complète, mais depuis les incidents survenus à nos consœurs sur la place Tahrir, au Caire, le tabou sur le viol a été brisé», explique Sophie Marsaudon, responsable de formation pour l’Académie France Médias Monde, qui lancera bientôt un kit post agressions sexuelles. « Le risque d’être violé est également très présent pour les hommes en captivité », rappelle Marsaudon, « mais ils n’en sont pas pleinement conscients ».

Alors que la frontière entre journalistes et blogueurs/blogueuses reste ténue, certaines femmes prennent de plus en plus de place dans les réseaux sociaux et drainent derrière elles des milliers de « followers » en fournissant une information qui sort des canaux traditionnels de l’information. C’est le cas en Tunisie où les soulèvements et les changements politiques ont été largement relayés par des blogueuses et des twitteuses à succès.

En Mauritanie, cependant, « les femmes représentent 1% des travailleurs dans le secteur des médias électroniques », déplore Mariya Ladji Traore, Secrétaire Générale adjointe du Syndicat des Journalistes Mauritaniens (SJM).  « Elles se forment peu et ce retard ne leur permet pas d’évoluer comme leurs collègues masculins car elles ne maitrisent pas les nouvelles technologies », précise-t-elle encore, soulignant le besoin de formation de ses consœurs.

Il faudra du temps et de la persévérance pour répondre aux nombreux besoins exprimés à Lomé mais ces Assises ont le mérite d’avoir offert aux journalistes un espace d’expression qui participe au renforcement du réseautage et de la solidarité francophone sur les questions d’égalité femmes-hommes dans les médias. Vigilance et sensibilisation seront des outils essentiels pour enregistrer une réelle prise en compte des femmes à tous les échelons de l’information.

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(Crédit photo: UPF)