Mission de terrain : la liberté de la presse se dégrade en France


La Fédération européenne des journalistes (FEJ) s’est joint à la mission de terrain organisée à Paris les 17-18-19 juillet 2017 par le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF),  Reporters sans Frontières (RSF) et Index on Censorship, afin d’analyser la situation des médias en France. Alors que des journalistes ont récemment été victimes d’attaques autant physiques que verbales, et que leurs conditions de travail se dégradent sérieusement depuis plusieurs années, l’enquête a mis en évidence un inquiétant déclin de la liberté de la presse en France.

Une vingtaine de personnes a été interviewée dans le cadre de la mission, dont des journalistes, des représentants d’organisations non gouvernementales et des syndicalistes. Ces derniers ont notamment alerté sur le problème de la forte concentration des médias, aujourd’hui dans les mains d’une poignée de magnats par ailleurs actionnaires dans le secteur du luxe, de l’aéronautique ou de la téléphonie. Enjeu central pour le pluralisme, ce phénomène a des répercutions bien visibles sur la qualité de l’information. Parmi les solutions proposées, le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes ont mis en avant la nécessité d’actualiser la loi sur la concentration des médias, aujourd’hui totalement obsolète, afin de prendre en compte les supports numériques.

Les violences policières contre les journalistes lors des manifestations, et notamment les photographes et équipes de tournage, ont fortement été dénoncées par de nombreux journalistes interviewés. Couvrir ces événements est devenu risqué et il semble que l’insigne “presse” ne suffise plus à protéger les reporters des coups. RSF a notamment recensé dix incidents qui ont été rapportés au Défenseur des droits, Jacques Toubon.

La dégradation des conditions de travail des journalistes touche aussi la France. Les contrats à durée déterminée et les piges sont devenus monnaie courante, la réduction des effectifs et la surcharge de travail font exploser le nombre de maladies professionnelles – l’indépendance des journalistes se trouvant inévitablement minée par cette précarisation. Les syndicats français ont également alerté sur une nouvelle forme de contrat, l’auto-entrepreneuriat, imposée par les organes de presse au détriment du statut protégé de « pigiste » et forçant les journalistes à renoncer à leurs droits.

Les lois anti-terroristes sont également considérées par beaucoup comme une menace à la liberté de la presse et un frein au travail journalistique. Enfin, le manque de diversité dans les rédactions, ainsi que le verrouillage de la communication du nouveau président Emmanuel Macron, et des hommes politiques en général, a aussi été identifié comme une menace à la pluralité des opinions et à la liberté d’informer.

Un rapport complet sera publié en septembre avec une liste de recommandations.

Crédit photo : GEORGES GOBET / AFP