France : les parcours professionnels des journalistes de plus en plus éclatés


Un rapport de recherche réalisé par l’Ifp/Carism – Université Panthéon-Assas (Paris II) révèle que l’insertion et les parcours professionnels des journalistes sont de plus en plus éclatés en France. En cause :  la précarisation de la profession.

Publiée en mai 2017, l’étude (disponible ici) s’est intéressée à trois groupes de journalistes qui ont obtenu leur carte de presse en 1998, 2008 et 2013, soit 1410 personnes. Elle vise à observer l’évolution du parcours des journalistes, aussi bien dans leur formation que leur insertion professionnelle, de mesurer la précarisation du métier, d’identifier les secteurs qui recrutent le plus et selon quelles conditions, d’observer les carrières de journalistes sur le long terme, d’évaluer les bienfaits des formations et de la carte de presse.

Les résultats (résumés ici) mettent en avant un décalage entre la formation journalistique et le métier que les journalistes exercent à la sortie. S’ils sont 64% à considérer que les compétences acquises en école de journalisme reconnue sont en forte adéquation avec leur métier, les diplômés disent ne pas toujours détenir les « ficelles de l’employabilité ». Ils sont nombreux à estimer ne pas savoir comment démarcher les rédactions, proposer des piges, rédiger des emails d’approche, etc.

Une diminution des contrats à durée indéterminée (CDI) a également été observée dans l’étude. La part des CDI chez les diplômés en journalisme est ainsi tombée de 40% en 1998 à 23% en 2013, alors que la part des CDD et des contrats de professionnalisation a grimpé et que le chômage a doublé. Cette précarisation a entrainé la création d’une « zone grise », où se mêlent des profils n’ayant pas trouvé un emploi correspondant à leurs attentes professionnelles, travaillant dans des structures non-reconnues comme des entreprises de presse, ou étant obligés d’exercer d’autres activités pour subvenir à leurs besoins.

Ceci rend plus difficile l’accès à la carte de presse, dont les critères d’attribution ne reflètent plus la réalité du terrain. La précarisation de la profession fait qu’il est de plus en plus compliqué pour les jeunes journalistes de justifier que l’essentiel de leurs revenus proviennent du journalisme.

« Le journalisme s’exerce dans des conditions et sous des statuts de plus en plus hétérogènes. Cette hétérogénéité, sinon cet éclatement, découle de l’ajustement toujours inachevé entre les stratégies privilégiées par les entreprises de presse et celles mobilisées par les candidats à la profession. Face à un marché récessif et incertain, les premières tendent à proposer des conditions d’emploi et de travail de plus en plus flexibles. Face à des probabilités toujours plus incertaines d’insertion et de stabilisation professionnelles, les seconds sont tentés d’élargir leurs compétences et de diversifier leurs stratégies de carrière, » conclut le rapport.

 Crédit photo : BERTRAND GUAY / AFP