Les syndicats suisses et français dénoncent l’interpellation de la journaliste du Temps


Une journaliste du quotidien suisse LTemps a été interpellée samedi 11 novembre et interrogée le lendemain par la police française dans la région de Briançon (France), où elle effectuait un reportage sur le passage clandestin de migrants depuis l’Italie vers la France.

Caroline Christinaz avait pris place samedi soir dans une voiture d’un habitant de la région, qui portait secours aux migrants franchissant le col de l’Echelle. Un journaliste de la radio France Culture se trouvait dans un second véhicule. Durant le reportage, les deux habitants ont recueilli le long de la route quatre migrants. Ils ont été arrêtés par un barrage de la gendarmerie nationale, puis convoqués à la gendarmerie de Briançon le lendemain. Le deuxième journaliste a été entendu comme témoin et n’a pas été mis en cause.

« L’interrogatoire a duré deux heures, raconte Caroline Christinaz au Temps. J’ai expliqué ma présence au col de l’Echelle : un reportage. » La journaliste invoque la protection des sources pour refuser de livrer des informations sur les personnes avec lesquelles elle se trouvait. « Après une heure de questions sur les faits de la veille, les gendarmes m’ont interrogée sur ma vie privée, puis sur mon loyer, mon salaire, mes numéros et soldes bancaires, ma situation fiscale et patrimoniale. Ils m’ont dit vouloir connaître mes capacités financières pour établir le montant de l’amende », ajoute-t-elle.

Les journalistes suisses (Impressum et syndicom) et français (SNJ-CGT) ont dénoncé dans un communiqué commun une tentative d’intimidation de la part des autorités françaises alors que la journaliste ne faisait qu’exercer sa profession.

« Cette interpellation d’une journaliste n’est pas digne de la patrie des Droits de l’Homme. La récente loi sur la sécurité intérieure montre ses effets néfastes et semble renforcer le caractère répressif des forces de police et de certains magistrats. Le journalisme n’est pas un délit et rien ne saurait entraver la liberté d’informer. Nous considérons la mise en cause et l’interrogatoire de l’envoyée spéciale du Temps à Briançon comme intolérable. »

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) et la CFDT-Journalistes se sont également indignés des récents événements qui menacent la liberté de la presse en France et ont exprimé toute leur solidarité avec Caroline Christinaz.

Les Fédérations européennes et internationales des journalistes (EFJ/IFJ) ont soumis le cas sur la plateforme du Conseil de l’Europe pour la sécurité des journalistes.