Face au discours de haine, les médias doivent réagir


Les journalistes confrontés au discours de haine n’hésitent plus à le dénoncer publiquement. Une attitude salutaire. Mais cela ne suffit pas: il est de la responsabilité éthique des médias d’évincer les messages racistes, discriminatoires, incitant à la violence ou irrespectueux de la dignité des personnes, et de bannir leurs auteurs. Les médias doivent instaurer une modération efficace des forums et des espaces de discussion en ligne, y compris sur les réseaux sociaux. A cet égard, la Fédération européenne des journalistes (FEJ) se joint à l’organisation italienne Carta di Roma pour saluer l’initiative du quotidien “La Stampa”.

Présentatrice de l’émission d’investigation Panorama sur la chaîne de télévision publique régionale NDR, la journaliste Anja Reschke défraie la chronique depuis la diffusion, le mercredi 5 août, dans le journal télévisé de la première chaîne ARD, d’un commentaire de près de deux minutes sur le racisme en Allemagne, dénonçant les “tirades haineuses” sur Internet contre les réfugiés et les migrants.

“Les prêcheurs de haine doivent comprendre que la société ne les tolère pas, déclare Anja Reschke. Lorsqu’on ne partage pas l’opinion que «les réfugiés sont des parasites qui doivent être chassés, brûlés ou gazés», alors il faut le faire savoir, objecter, ouvrir sa gueule et les clouer au pilori”.

Même réaction, ce mardi, pour le journaliste de la chaîne publique belge RTBF Julien Vlassenbroek, suite à un déferlement de commentaires haineux, sur le réseau social Facebook, après la publication de son article sur l’accueil de réfugiés en Belgique: “L’indigence et la xénophobie qui suintent de nombreux des commentaires relatifs à l’article sont vraiment décourageantes pour nous, en tant que rédaction. (…) Messieurs et mesdames les xénophobes, si vous voulez vomir votre haine d’autres humains, merci d’aller le faire ailleurs. Nous nous passerons avec joie de vos fulgurances abjectes. Cette page n’est pas un déversoir à haine de l’autre”.

“Ces réactions individuelles sont salutaires, réagit le Secrétaire général de la FEJ, Ricardo Gutiérrez. Le journaliste ne peut rester passif face au discours de haine et à la bêtise, sous peine d’en être complice. Il a au contraire la responsabilité de dénoncer les amalgames et autres saillies racistes. Mais il revient surtout aux médias de mettre en oeuvre les procédures de modération qui permettent de supprimer les commentaires haineux et de bannir leurs auteurs”.

La FEJ se joint donc bien volontiers à l’organisation italienne Carta di Roma pour saluer l’initiative du journal “La Stampa”. Confronté à une déferlante de commentaires anti-roms sur sa page Facebook, le quotidien a annoncé, le 9 août, que son “social media team” allait désormais supprimer les posts racistes et bannir leurs auteurs. Le journal appelle ses lecteurs à ne pas répondre aux commentaires haineux, mais bien à les signaler à la rédaction, afin qu’elle prenne les mesures qui s’imposent.

“La liberté d’expression, telle que la conçoit la Convention européenne des droits de l’homme, vaut aussi pour les propos qui heurtent, choquent ou inquiètent, rappelle Ricardo Gutiérrez, mais les médias restent évidemment libres de ne pas relayer de tels propos. Ce n’est pas une question de liberté d’expression, mais bien d’éthique professionnelle. Nombre de Codes de déontologie, notamment celui qui est en vigueur en Belgique, appelent les médias et les rédactions à mettre en oeuvre une modération de l’expression des internautes, afin d’éviter les messages racistes, discriminatoires, négationnistes, injurieux, incitant à la haine ou à la violence, attentatoires à la dignité des personnes, etc. Les rédactions doivent pouvoir disposer des moyens humains et techniques nécessaires pour mener à bien cette mission journalistique”.

Face au discours de haine en ligne, la prise de conscience des journalistes individuels est un premier pas. Salutaire. Les entreprises de presse doivent elles aussi assumer leur responsabilité.

(Crédit illustration: Carta di Roma)