Fédération européenne des journalistes

France : les syndicats dénoncent les intimidations de plusieurs journalistes au procès Mazan

Crédit: Miguel Medina / AFP

La Fédération européenne des journalistes (FEJ), aux côtés de son affilié français, la CFDT-Journalistes condamne fermement les nombreuses attaques à l’encontre des journalistes survenues lors du procès des viols de Mazan, dont l’éviction de Frédéric Munsch et les intimidations à caractère sexiste envers Anna Margueritat.

Le procès des viols de Mazan a débuté le 2 septembre 2024 devant la cour criminelle du Vaucluse. Cinquante et un accusés, dont Dominique Pélicot, le mari de Gisèle Pélicot, sont jugés jusqu’à décembre prochain dans cette affaire qui connaît déjà un retentissement sans précédent. Couvert par de nombreux médias nationaux et internationaux, le procès a été le lieu de plusieurs incidents au cours desquels la presse et certains journalistes ont été pris à partie. 

Le 19 septembre 2024, Frédéric Munsch, photojournaliste et vidéaste freelance travaillant pour l’agence Sipa Press, a été sommé de quitter le tribunal d’Avignon sur “ordre de la procureure”. Ce dernier a été escorté par un policier en dehors du carré presse, sans la présentation de document écrit. Le journaliste couvrait le procès depuis son ouverture afin de proposer des photographies pour la presse et de filmer les coulisses des audiences pour saisir l’atmosphère du procès, y compris le comportement des accusés, a-t-il déclaré à la FEJ. Le journaliste a notamment publié une vidéo, relayée par de nombreux médias, dans laquelle un accusé profère des menaces de viol lors d’une altercation avec une membre du public. Selon Frédéric Munsch, ses vidéos lui ont valu d’être “identifié” parmi les accusés et leurs avocats. Pendant la pause déjeuner du 19 septembre, alors que Frédéric Munsch se trouvait à l’extérieur du tribunal, un des prévenus s’est dirigé vers lui de manière très agressive en l’insultant et avec l’intention de le frapper. Plus tard, lorsqu’il se rend de nouveau au tribunal, le juriste adjoint de la procureure Florence Galtier lui annonce qu’il doit quitter les lieux.

Son syndicat d’affiliation, la CFDT-Journalistes, a échangé avec le tribunal afin d’obtenir des explications sur cette exclusion et de demander son retour. En réponse, le tribunal a évoqué un “risque de trouble à l’ordre public” de la part du journaliste, en raison de vidéos des accusés et d’une présumée violation de leur droit à l’image. Selon la CFDT-Journalistes, Frédéric Munsch n’a enfreint aucune règle déontologique.

“Les journalistes ont pour unique mission d’informer, et ils jugent si ce dont ils sont témoins relève d’une information utile à la compréhension des faits ou d’un contexte. Si ce qu’ils révèlent soulève un émoi voire scandalise, ce sont les faits révélés qu’il faut interroger, par leur transmetteur. Nous sommes inquiets de décisions que nous jugeons arbitraires et qui ne semblent pas motivées par l’intérêt du public à être informé”, a déclaré la CFDT-Journalistes.

La photojournaliste Anna Margueritat a quant à elle subi des intimidations, telles que des gestes inappropriés, de la part d’un accusé le 20 septembre. Elle déplore le climat sexiste et misogyne qui règne au sein du procès et les menaces répétitives à son encontre et à l’encontre de ses consoeurs dans l’exercice de leur activité journalistique.

La FEJ et la CFDT-Journalistes accueillent néanmoins avec soulagement la levée du huis-clos imposé par le président de la cour Roger Arata le 20 septembre dernier. Cette décision, contraire à la volonté de la partie civile, avait suscité de nombreuses réactions. Le Syndicat National des Journalistes (SNJ) avait notamment appelé le président à “laisser la presse faire son travail, dans l’intérêt de la justice et pour la sérénité des débats”. L’association de la presse judiciaire avait fait de même.

“Dans ce genre de procès d’envergure, le respect des chartes de déontologie journalistique est plus que jamais de rigueur, tout comme le respect du rôle de la presse d’informer les citoyens. Les nombreuses entraves constatées reflètent une volonté dissimulée de restreindre ce droit d’accès à l’information. Le contexte de stress et de crispation ne doit pas altérer le libre exercice du journalisme et la restitution impartiale des audiences” a déclaré Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la FEJ.