France: la FEJ condamne la convocation de la journaliste de Disclose Ariane Lavrilleux en vue d’une possible mise en examen
Ariane Lavrilleux, la journaliste française qui avait révélé en novembre 2021 la complicité de la France dans les crimes d’État en Égypte, fait de nouveau face à la justice. La journaliste du média d’investigation Disclose est convoquée le 17 janvier 2025 en vue dʼune possible mise en examen pour « appropriation et divulgation d’un secret de la défense nationale,” a annoncé le média d’investigation Disclose. La Fédération européenne des journalistes (FEJ) dénonce l’acharnement judiciaire visant Ariane Lavrilleux et appelle au respect du principe démocratique fondamental garantissant la protection des sources journalistiques.
En novembre 2021, Lavrilleux avait contribué à une enquête révélant une opération militaire secrète de la France en Egypte, « opération Sirli » visant à l’exécution arbitraires de centaines de civils égyptiens. Une enquête contre la journaliste avait alors été ouverte en juillet 2022 “pour compromission du secret de la défense nationale et révélation d’informations pouvant conduire à l’identification d’un agent protégé.”
En septembre 2023, Ariane Lavrilleux avait été interrogée au siège de la police à Marseille avant d’être libérée sans poursuite, après 39 heures de garde à vue. Son domicile avait également été perquisitionné.
“Selon les éléments de l’enquête judiciaire dont Ariane Lavrilleux a eu connaissance, ses faits et gestes ont été traqués par des policiers de la DGSI, un service d’ordinaire mobilisé dans la lutte contre le terrorisme et le contre-espionnage. Notre journaliste a fait l’objet de surveillances physiques lors de déplacements professionnels et privés ; son téléphone portable a été géolocalisé en temps réel ; ses comptes bancaires ont été épluchés, tout comme ses achats de billets SNCF ou ses communications privées sur le réseau social X. La DGSI a aussi surveillé les bureaux de la rédaction de Disclose, en région parisienne,” dénonce le média d’investigation. D’après Disclose, depuis la création du média en 2018, quatre de leurs journalistes ont été intimidés par les services de renseignement intérieur.
Convoquée par le bureau d’une magistrate spécialisée dans la lutte antiterroriste, Lavrilleux encourt une peine de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende pour avoir enquêté sur les agissements de la France en Egypte, un sujet d’intérêt public.
« La FEJ condamne fermement l’obstination des autorités judiciaires françaises à criminaliser le journalisme d’investigation, au mépris des standards européens de protection des sources. Cet acharnement judiciaire révèle une stratégie honteuse de censure sur des sujets d’intérêt public. Ces pressions visant Ariane Lavrilleux, ses sources, son média mais aussi le journalisme d’investigation en général sont d’une extrême gravité, » déclare Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes (FEJ).