Fédération européenne des journalistes

Un rapport du CPJ révèle le fossé entre les paroles et les actes de l’Europe en matière de liberté de presse


Dans un nouveau rapport intitulé Balancing Act: Press Freedom at Risk as EU struggles to match action with values, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) estime que « la liberté de la presse en Europe est en péril et l’Union européenne a le devoir moral de défendre ce droit et de demander des comptes à ses Etats membres ». Ce rapport présenté au Press Club-Europe à Bruxelles analyse les engagements européens issus de différents textes fondamentaux (traité de l’UE, la Charte des droits fondamentaux de l’UE, la Convention européenne des droits de l’homme) et la mise en oeuvre dans les différents Etats membres et pays candidats à l’UE. Et le résultat de l’analyse révèle le fossé entre les paroles et les actes de l’UE en matière de liberté de presse :

  • Les lois criminalisant la diffamation existent dans 23 pays, elle est passible de prison dans 20 d’entre eux et la sentence maximale en Slovaquie est de huit années de réclusion
  • Le blasphème ou dénigrer une religion est punissable dans 19 Etats membres de l’UE

La Hongrie est particulièrement dans le viseur du CPJ pour ses atteintes à la liberté de presse et la autoritaire du Premier ministre Victor Orban. « Nous n’aurions jamais cru un jour devoir venir à Bruxelles pour une conférence de presse sur les violations des droits fondamentaux par des pays européens. Au sein de l’Union européenne, le cas de la Hongrie est le plus grave et emblématique car il est quasiment devenu impossible pour les journalistes d’y travailler pour couvrir des sujets aussi importants que la crise de l’accueil des réfugiés. C’est en maintenant son peuple dans l’ignorance et l’isolement médiatique que les dirigeants hongrois arrivent à répandre des idées xénophobes », ajoute Kati Marton (CPJ), fille d’anciens journalistes et réfugiés hongrois aux Etats-Unis.

Pour palier à la situation, le CPJ recommande aux dirigeants européens de :

  • Mettre en place un mécanisme clair, objectif et légalement applicable pour faire respecter les engagements des Etats membres
  • Instaurer une « Commission Copenhague » pour surveiller la conformité des Etats membres avec la Charte des droits fondamentaux
  • Utiliser l’article 7 pour sanctionner les Etats en défaut
  • Ajouter une exception pour protéger les journalistes et les lanceurs d’alerte dans la directive sur la protection des données et les secrets industriels
  • Eviter que les législations européennes soient utilisées à des fins de censure ou de refus d’accès à l’information.
  • Encourager le cryptage des données

Le rapport complet est disponible à cette adresse.

Crédit Photo (de gauche à droite) : Jean-Paul Marthoz, Courtney Radsch, Kati Marton et Nina Ognianova du CPJ (MK/EFJ)