France: la FEJ demande le respect de la protection du secret des sources du journaliste Philippe Miller
Le 4 décembre, le journaliste Philippe Miller a été interpellé par une dizaine de policiers et placé en garde à vue pendant 48 heures pour avoir enquêté sur un cabinet d’avocats parisien. La fouille de son équipement saisi vient d’être autorisée par le juge des libertés et de la détention lors d’une audience portant sur la contestation des scellés perquisitionnés.
La Fédération européenne des journalistes (FEJ) et ses affiliés condamnent fermement l’intimidation judiciaire visant le journaliste, et réitère l’importance de faire respecter le droit fondamental du secret des sources.
Le 18 octobre dernier, Philippe Miller, qui travaille pour le site de presse en ligne « Warning Trading », spécialisé dans l’actualité des escroqueries financières sur internet, a révélé des pratiques manifestement illégales du cabinet d’avocats Ziegler. Suite de la plainte dudit cabinet pour « vol”, Miller ainsi que l’ancienne stagiaire du cabinet ont été arrêtés le 4 décembre lors d’une rencontre dans un café parisien, par une dizaine de policiers, répartis dans trois voitures. Son téléphone portable, son ordinateur ainsi que les notes confidentielles du journaliste ont été saisis.
Miller a été libéré le 6 décembre, sans charges, après avoir refusé de révéler ses sources. L’ancienne stagiaire a quant à elle été mise en examen pour vol de données confidentielles (notamment des échanges avec des clients), recel et violation du secret professionnel.
Le 19 décembre, une audience sur la contestation des scellés perquisitionnés s’est tenue devant le Juge des libertés et de la détention de Paris qui a autorisé la fouille des équipements saisis au mépris de la loi française et des normes européennes en matière de protection des sources.
“L’interpellation en compagnie de sa source, la garde à vue excessivement longue ainsi que la saisie du matériel de travail de notre client journaliste viennent créer un précédent inquiétant pour toute la profession. Le recours à ces mesures, en ce qu’elles cherchent délibérément à violer le secret des sources, représentent des atteintes graves et disproportionnées aux protections dont devraient normalement bénéficier les journalistes,” a déclaré Octave Nitkowski, l’un des avocats de Philippe Miller.
« La FEJ condamne fermement l’arrestation arbitraire du journaliste et l’autorisation accordée par le juge des libertés de procéder à la fouille de ses équipements saisis, mettant ainsi en danger la protection de ses sources. Deux incidents similaires, dont celui impliquant Blast et la journaliste Ariane Lavrilleux, ont été enregistrés en France sur la plateforme du Media Freedom Rapid Response depuis 2023. Cette nouvelle atteinte au secret des sources témoigne une fois de plus de la volonté des autorités judiciaires françaises de criminaliser et de faire obstacle aux investigations d’intérêt public, au détriment du droit fondamental d’informer, » a déclaré Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la FEJ.