Fédération européenne des journalistes

France: victoire juridique pour les journalistes du groupe de presse Infopro Digital menacés de licenciement au profit de l’IA

Photo: Valérie Dubois / Hans Lucas via AFP

Première bataille juridique gagnée en France à l’heure où les journalistes sont menacés d’être remplacés par l’intelligence artificielle (IA). Ce mardi 15 septembre, le Tribunal judiciaire de Créteil a ordonné la suspension partielle d’un plan de licenciements de journalistes secrétaires de rédaction au sein du groupe de presse Infopro Digital au profit de l’IA. Au total, ce sont 19 journalistes menacés de perdre leur emploi et 26 titres de presse professionnelle édités par Infopro Digital directement impactés. 

La Fédération européenne des journalistes (FEJ) salue cette décision comme historique pour la profession toute entière, à l’heure où l’utilisation de l’IA est de plus en plus invoquée, sans aucun cadre ni recul, pour justifier des plans sociaux d’ampleur en France, au détriment de la liberté de la presse et de la qualité de l’information.

Le 4 mai 2026, la direction d’Infopro Digital annonçait aux élus du comité social et économique (CSE) du groupe Moniteur et de Gisi son intention de supprimer 19 postes de journalistes, secrétaires de rédaction. Des postes qui revêtent une importance capitale, de la relecture, à l’expertise propre aux journalistes permettant d’assurer une information vérifiée de qualité, libre et en cohérence avec la ligne éditoriale. Un regard humain sur les publications qu’aucune IA ne peut remplacer.

Les journalistes étaient destinés à être remplacés par cinq nouveaux postes de “chef d’édition” qui travailleraient avec l’IA. La raison invoquée? La réduction de sa masse salariale et le coût de production des revues alors même qu’Infopro Digital affiche des résultats exceptionnels pour le secteur. Aucun prototype n’a par ailleurs été mis en place.

“Après avoir contesté, pendant plusieurs mois, la qualification de ‘nouvelle technologie’ concernant l’intelligence artificielle, imposant de fait aux élus des CSE de Groupe Moniteur et Gisi d’assigner l’entreprise en justice pour l’obliger à ouvrir une procédure d’information-consultation sur le principe de l’utilisation de l’IA générative, la direction d’Infopro Digital a l’audace, aujourd’hui, d’invoquer une ‘mutation technologique’ pour justifier son plan de sauvegarde de l’emploi (PSE),” a réagi en mai les membres de la FEJ (SNJ, SNJ-CGT, CFDT Journalistes) aux cotés d’autres organisations syndicales. Environ 250 journalistes de ces 26 titres avaient lancé une grève au printemps pour s’opposer au projet.

Saisi en référé par le Comité social et économique (CSE) du groupe de presse Infopro Digital, le Tribunal judiciaire de Créteil a suspendu ce mardi la première partie du plan de licenciement concernant huit journalistes en poste. La justice a estimé qu’en l’absence de «mise en situation réelle», le déploiement de ce plan présentait «un risque grave et caractérisé pour la santé physique et mentale de plusieurs catégories de salariés». La direction du groupe se réserve la possibilité de faire appel.

“Cette victoire juridique est un signal pour les journalistes, en France et en Europe, qui seraient menacés d’être remplacés par des agents d’intelligence artificielle : battez-vous, ne vous laissez pas faire ! Ceux qui acceptent les décisions patronales sont déjà licenciés. Ceux qui se battent pour défendre notre métier et nos collègues, obtiennent des victoires. La grève lancée chez Infopro Digital, dès l’annonce des suppressions de postes, début mai, a donné le ton. Nous ne nous laisserons pas faire,” a déclaré Pablo Aiquel, secrétaire général du SNJ-CGT et Vice-Président de la Fédération européenne des journalistes (FEJ). 

Tandis que les plans de suppression d’emplois se multiplient, comme chez Prisma-Media, et que le paysage médiatique devient de plus en plus désertique et contrôlé par des milliardaires tels que Vincent Bolloré, l’IA ne doit en aucun cas servir de prétexte supplémentaire pour pousser des professionnels des médias vers la sortie des rédactions. Une manifestation historique avait d’ailleurs mobilisé, le 18 juin dernier, plus de 1 000 journalistes et citoyens soucieux de l’avenir de l’information dans les rues de Paris et d’autres villes. 

Si l’IA peut offrir des opportunités aux journalistes, la FEJ salue la décision de justice concernant la première partie du plan de licenciement et réitère l’importance de la présence des journalistes aux commandes de l’information. Un journaliste remplacé par l’IA, c’est une information de qualité qui se trouve menacée. C’est un droit à une information libre bafoué.

Position de la FEJ sur l’IA