La loi sur le renseignement compromet la liberté de la presse en France


La Fédération européenne des journalistes (FEJ) soutient l’appel lancé par ses affiliés français SNJ et SNJ-CGT et des dizaines d’organisations professionnelle et civiles pour dénoncer l’instauration d’une surveillance généralisée des citoyens, en France.

Au lendemain des attentats de Paris, la FEJ avait appelé les gouvernements à résister à la tentation de nouvelles lois liberticides. L’appel n’a pas été entendu, en France: ce mardi 5 mai, l’Assemblée nationale française a voté le projet de loi controversé sur le renseignement qui donne au Premier ministre le pouvoir de surveiller massivement et sans contrôle judiciaire la population française.

Ce texte, adopté dans le cadre d’une procédure d’urgence, soulève l’opposition de nombreuses organisations civiles et professionnelles: les syndicats de journalistes SNJ et SNJ-CGT, la Fédération européenne des journalistes, la Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty International, le Syndicat de la magistrature, l’Union syndicale des magistrats, le Syndicat des avocats, le Défenseur des Droits, la Commission nationale Informatique et Libertés…

Le projet de loi voté mardi légalise la pratique, par les services de renseignement, d’une surveillance particulièrement large et intrusive pour la vie privée des citoyens, sans réel contre-pouvoir, y compris pour des objectifs de surveillance sans lien avec le terrorisme. En autorisant les écoutes téléphoniques et l’interception des communications électroniques de tout citoyen, même ceux qui n’ont rien à se reprocher, et en légalisant les techniques électroniques de surveillance généralisée, la France compromet définitivement la protection des sources des journalistes. Le texte aura aussi un effet dissuasif évident sur les lanceurs d’alertes.

“Cette loi totalitaire fait reculer la liberté de la presse en France. Les députés qui ont voté ces dispositions autocratiques n’ont manifestement pas vu le documentaire “Citizenfour”, qui illustre à quel point la surveillance de masse paratiquée par la NSA américaine mine les fondements mêmes de nos démocraties, réagit Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la FEJ. Ils n’ont pas lu le roman “1984”, de George Orwell, ou en ont oublié les enseignements. On ne sacrifie pas les libertés fondamentales sur l’autel de la sécurité publique”.

La Fédération européenne des journalistes et la Fédération internationale des journalistes ont dénoncé cette loi liberticide au Conseil de l’Europe:
http://www.coe.int/fr/web/media-freedom/-/france-legalizes-mass-surveillance-of-its-citizens

(Crédit photo: Patrick Kamenka)