Journalistes turcs de “Cumhuriyet”: une délégation française reçue au Quai d’Orsay


Dilek Dündar (notre photo), l’épouse de Can Dündar, le rédacteur en chef du quotidien turc d’opposition “Cumhuriyet”, emprisonné depuis le 26 novembre avec son confrère Erdem Gül, a été reçue lundi au Ministère français des affaires étrangères. Mme Dündar était accompagnée d’une délégation de journalistes turcs et de représentants des syndicats de journalistes français,membres des Fédérations internationale et européenne des journalistes.

Lors de cette réunion, tenue en présence du porte-parole du Quai d’Orsay Romain Nadal, Mme Dündar a souligné la « situation alarmante » qui prévaut en Turquie pour la liberté de la presse et en particulier pour les deux journalistes de “Cumhuriyet”, accusés d’espionnage, dont le procès doit s’ouvrir le 25 mars à Istanbul. Elle a appelé au « soutien » des pays européens, et au premier chef de la France, dans ce dossier, pour que Can Dündar et Erdem Gül soient remis en liberté.

Appuyant la demande de Mme Dündar, la délégation a souligné l’urgence pour la communauté internationale à agir pour la libération de Can Dündar, et Erdem Gül, détenus depuis plus deux mois dans la sinistre prison de Silivri, la plus grande geôle de journalistes en Europe. 32 confrères sont actuellement incarcérés en Turquie. D’autant, selon les participants, que de graves menaces pèsent sur leur sort, le procureur pouvant demander lors de l’ouverture du procès le huis clos sous prétexte que cette affaire relève de questions touchant à la sécurité d’Etat et refuser leur libération provisoire.

Les journalistes turcs présents ont évoqué également les conditions de détention très strictes des deux journalistes – pourtant en préventive – confinés dans les neuf mètres carrés de leur cellule et en total isolement. Ils n’ont ainsi pas le droit à une machine à écrire et ne peuvent recevoir leur famille qu’une fois par semaine.

La délégation a rappelé les très lourdes accusations formulées par le procureur qui les poursuit pour “espionnage” et “divulgation de secrets d’Etat”, de “tentative de coup d’Etat” et “assistance à une organisation terroriste”. Ils risquent une peine de réclusion à perpétuité aggravée.

Leur “crime” est d’avoir révélé dans un article de mai 2015 à l’aide de documents, datés de janvier 2014, la livraison d’armes par les services secrets turcs aux groupes djihadistes en Syrie.

La délégation a pris l’engagement de tout mettre en oeuvre auprès des instances européennes et internationales afin que nos confrères retrouvent leur liberté et que la Turquie respecte le droit des journalistes turcs et kurdes à effectuer leur mission sans entrave. Ce comme le stipule la Convention européenne des droits de l’Homme et en particulier l’article 10 qui proclame la liberté d’expression et de l’information sur le vieux continent.

La Fédération européenne des journalistes (FEJ) s’associe à ses affiliés français, SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes, pour exiger la libération immédiate de Can Dündar, Erdem Gül et des 30 autres journalistes emprisonnés en Turquie.

(Crédit photo: Ozan Koze / AFP)