France: les violences contre les journalistes lors des mobilisations requièrent des sanctions immédiates et la mise en œuvre de nos recommandations post-mission
Ces dernières semaines, la Fédération européenne des journalistes (FEJ) a documenté plus de dix cas de violence et d’entrave à la liberté de la presse visant les journalistes couvrant les mobilisations étudiantes et lycéennes en France. Plus de la moitié des incidents sont imputables aux fonctionnaires de police. Une fois de plus, notre constat est sans appel : les professionnels des médias, même lorsqu’ils sont clairement identifiés comme tels, ne sont pas en sécurité sur le terrain.
La Fédération européenne des journalistes (FEJ) dénonce fermement ces violences et appelle les autorités compétentes à identifier et à sanctionner leurs auteurs, y compris les fonctionnaires de police. Le ministère de la Justice, le ministère de l’Intérieur et les forces de l’ordre sont également priés de prendre sans délai des mesures pour mettre en application les recommandations récemment publiées avec nos partenaires du Media Freedom Rapid Response (MFRR) et de Reporters sans frontières (RSF). Ces recommandations font suite à une mission internationale organisée par la FEJ en juin (9-11), durant laquelle les violences policières ont été identifiées comme l’une des principales menaces pesant sur la sécurité des journalistes en France.
Les fonctionnaires de police responsables de la majorité des incidents documentés
Depuis le 29 septembre, la FEJ a recensé treize incidents sur la plateforme Mapping Media Freedom, dont huit attaques imputables aux fonctionnaires de police, en violation totale du Schéma national de maintien de l’ordre (SNMO).
Les incidents survenus dans la ville de Montpellier sont particulièrement choquants.
Le 2 octobre, Valentin Levetti, directeur des publications du collectif de journalistes Stup.media, a été percuté au tibia droit par un motard identifié comme un policier en civil alors qu’il filmait une arrestation violente aux abords du lycée Georges-Clémenceau. Bien que le conducteur ne portait ni brassard ni signe distinctif permettant de l’identifier comme membre des forces de l’ordre, plusieurs éléments ont permis de confirmer son appartenance à la police. Dans une vidéo partagée par des témoins, un fonctionnaire se présentant comme le chef de service peut être entendu en train d’indiquer à Levetti que « l’affaire [était] connue » et que « le collègue [était] identifié », avant de l’inviter à déposer plainte. Peu avant les faits, le policier en civil avait placé à plusieurs reprises son deux-roues devant la caméra du journaliste. A la suite de l’incident, l’avocat du journaliste a déposé plainte auprès du Tribunal judiciaire de Montpellier. Examiné par deux médecins différents, le journaliste a été mis en arrêt. Il souffre d’un hématome au niveau de sa jambe droite et d’une entorse au genou.
Peu avant l’incident, Levetti avait publié plusieurs vidéos montrant des fonctionnaires de police en civil participant à des arrestations, ainsi que des CRS en tenue ne portant pas de numéro d’identification (RIO), contrairement aux obligations du SNMO.
Toujours à Montpellier, le 6 octobre, le journaliste Samuel Clauzier a été pris pour cible à trois reprises, et ce malgré son brassard, ses quatre insignes de presse et son casque. Le dernier coup reçu l’a fait tomber à terre avec son matériel projeté sur plusieurs mètres. Le même jour, le photojournaliste Frédéric Munsch s’est retrouvé asphyxié par des gaz lacrymogènes. Munsch était clairement identifié comme journaliste et visible des CRS (Compagnies Républicaines de Sécurité) avant les tirs.
Paris a également été le théâtre de nombreuses scènes de violence. Le 6 octobre, le journaliste du quotidien L’Humanité Mike Strachinescu a été attrapé à la gorge par un CRS à deux reprises, alors même qu’il avait présenté sa carte de presse aux forces de l’ordre. Reporters sans frontières (RSF) a aussi dénoncé un cas particulièrement inquiétant survenu le 8 octobre : le photographe Patrick Wack a reçu un tir de lanceur de balles de défense (LBD) à bout portant. Wack couvrait à distance un rassemblement sur la place de la Bastille pour le quotidien américain Wall Street Journal. Blessé à l’oreille, le journaliste a dû recevoir des points de suture.
D’autres incidents ont impliqué un journaliste de Lyon Mag, dont le téléphone a été violemment projeté au sol par un CRS, ainsi qu’un journaliste du quotidien régional Var Matin, qui a reçu un coup de matraque d’une fonctionnaire de police à Fréjus malgré la présentation de sa carte de presse.
La confiscation du matériel de protection de la journaliste Anna Margueritat, alors qu’elle rentrait d’une manifestation à Paris, renforce également les préoccupations concernant le traitement réservé à la presse et son absence de protection.
Des agressions répétées par des manifestants poussant les journalistes à s’extraire des rassemblements
Plusieurs agressions de journalistes commises par des individus dans le cadre de manifestations ont été dénoncées par de nombreuses rédactions.
Le 1er octobre, à Marseille, la chaîne M6 a dénoncé l’agression de son correspondant, ainsi que la destruction de sa caméra. A Manosque, une journaliste de l’antenne locale des Alpes du sud et Haute-Provence de la chaîne d’information en continu BFM DICI a dû être exfiltrée du mouvement après avoir été prise à partie et bousculée. Le 29 septembre, des journalistes de BFMTV ont aussi été insultés et agressés à Saint-Denis tandis qu’à Lille, deux journalistes de LCI ont été visés, entre autres, avec des bouteilles en verre, et évitant de justesse des barres de fer. Enfin, à Lyon, une journaliste du média Dijon Actualités menacée avec un couteau a poussé la rédaction à renoncer à couvrir les mobilisations.
La FEJ appelle à une mise en œuvre urgente de ses recommandations
Face à l’intensification des menaces et à l’approche de la manifestation annoncée pour le 17 octobre, la FEJ et ses affiliés français appellent les professionnels des médias à se munir d’équipements de protection et à connaître leurs droits et devoirs tels que encadrés par le SNMO. Les fonctionnaires sont également priés de respecter le SNMO, qui prévoit notamment le port obligatoire et visible de leur RIO. Les pratiques rapportées par des représentants du ministère de l’Intérieur rencontrés pendant la mission, qui consistent à ne pas prendre de sanctions disciplinaires en l’absence d’une décision de justice déclarant l’officier coupable, doivent cesser. Tout officier de police responsable d’un manquement à son devoir doit en être tenu responsable conformément à la loi.
Un coup porté à un(e) journaliste est un coup porté à la démocratie.
Toute entrave et violence faite aux journalistes fera l’objet d’un signalement à la plateforme Mapping Media Freedom et du Conseil de l’Europe.
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